Il existe dans le cœur de tout homme une soif de Dieu. Même lorsque nous cherchons ailleurs : dans l’agitation, les distractions, les réussites ou les relations humaines, demeure au fond de nous une attente plus profonde. L’homme porte en lui le désir de l’infini parce qu’il a été créé pour la communion avec Dieu.
Et pourtant, nous ne savons pas toujours prier. Nous voudrions trouver les bons mots, ressentir davantage, être plus concentrés, plus fervents. Mais saint Paul affirme quelque chose de bouleversant : « Nous ne savons pas prier comme il faut. »
La prière chrétienne ne commence donc pas par notre capacité à parler à Dieu. Elle commence par l’action de Dieu en nous.
« L’Esprit lui-même intercède pour nous en des gémissements inexprimables. » (Romains 8, 26)
L’Esprit Saint prie dans le cœur du croyant. Cette vérité est immense. Lorsque nous prions, nous ne sommes jamais seuls devant Dieu. L’Esprit nous introduit dans la prière même du Christ. Il nous fait entrer dans ce dialogue éternel entre le Père et le Fils.
Voilà pourquoi la prière chrétienne est fondamentalement filiale. Le chrétien ne s’adresse pas à une puissance lointaine. Dans l’Esprit, il peut dire : « Abba, Père. » Ce mot araméen utilisé par Jésus exprime une intimité pleine de confiance. L’Esprit Saint vient déposer dans l’âme cette certitude intérieure : nous avons accès au Père parce que nous
sommes unis au Fils.
Comme l’écrivait Saint Cyrille de Jérusalem : « L’Esprit Saint fait de l’âme un autre ciel. »
La prière devient alors moins une performance qu’une habitation. Beaucoup souffrent parce qu’ils pensent mal prier : distractions ; sécheresse ; fatigue ; absence de consolation. Mais la valeur de la prière ne dépend pas d’abord de ce que nous ressentons. Elle dépend de notre disponibilité. L’amour véritable ne se mesure pas à l’intensité des émotions mais à la fidélité de la présence.
L’Esprit Saint agit souvent dans une grande discrétion. Il purifie notre manière de chercher Dieu. Au début, nous cherchons parfois des consolations spirituelles. Peu à peu, l’Esprit nous apprend à chercher Dieu pour Lui-même.
C’est là une œuvre de maturation intérieure. Comme dans toute relation profonde, il faut apprendre : le silence ; l’écoute; la patience ; la persévérance.
Le monde moderne rend cette disponibilité difficile. Nous vivons entourés de sollicitations permanentes. Le silence devient rare et parfois même inconfortable. Pourtant, Dieu parle souvent dans la profondeur silencieuse du cœur.
Le prophète Élie ne rencontre pas Dieu dans l’ouragan ni dans le tremblement de terre, mais dans : « le murmure d’une brise légère ».
L’Esprit Saint ne force pas notre attention. Il attend que nous Lui fassions une place.
Voilà pourquoi la prière transforme peu à peu toute l’existence.
L’homme qui prie vraiment devient plus attentif : à Dieu ; aux autres ; à sa propre vie intérieure.
La prière n’éloigne pas du réel ; elle apprend à voir le réel avec le regard de Dieu.
Comme le disait Sainte Teresa de Calcutta : « Dieu parle dans le silence du cœur. »
Parfois nous pensons que la prière sert surtout à demander quelque chose. Mais la plus grande grâce de la prière est peut-être ailleurs : elle nous configure intérieurement au Christ.
Peu à peu, l’Esprit transforme nos désirs, nos priorités, notre manière d’aimer, nos regards sur les évènements.
Nous apprenons à vivre non plus centrés sur nous-mêmes, mais tournés vers le Père. Et cela change tout.

Pour aujourd’hui
Prendre dix minutes de silence en répétant intérieurement : « Abba, Père. »
À chaque distraction, revenir simplement à cette parole.


