Hello chers amis,
À l’approche de la solennité du Christ Roi de l’Univers, nous sommes invités à accueillir une fois encore ce que le Seigneur veut nous offrir à travers cette liturgie si particulière.
Avant même de lire ou d’écrire quoi que ce soit, prenons le temps de nous poser, de contempler ce que nous avons vécu au fil de cette année liturgique qui s’achève.
Regardons tout ce que Dieu a fait croître, parfois dans le secret, et remettons-le-lui.
Car le Christ est Roi — non pas d’un royaume lointain, mais de nos vies concrètes, de nos joies comme de nos pauvretés.
🙏🏽 Seigneur, que veux-tu que nous découvrions de ton mystère dans cette solennité ?
Cette fête, en réalité, est paradoxale.
Elle clôt l’année liturgique, et pourtant elle ouvre à l’éternité.
Elle nous place à la fois à la fin des temps — quand le Christ reviendra dans sa gloire — et dans le présent de notre foi, celui où il règne déjà dans nos cœurs.
C’est une fête qui parle de royauté et de jugement, de justice et de miséricorde, de fin du monde et de plénitude du Royaume.
1. Le Jugement dernier et les Béatitudes : deux visages d’un même amour
Pour entrer dans cette fête, il est beau de lire côte à côte deux passages de l’Évangile :
celui du Jugement dernier (Mt 25, 31-46) et celui des Béatitudes (Mt 5, 1-12).
Deux textes souvent perçus comme opposés ( l’un parle de bonheur, l’autre de jugement) mais qui en réalité se répondent.
Dans les Béatitudes, le Christ trace le chemin du bonheur véritable, celui qui naît du cœur pauvre, doux, compatissant, miséricordieux.
Dans le Jugement dernier, ce même Christ révèle les fruits de ce chemin :
“J’avais faim et vous m’avez donné à manger.” …
Ces deux textes ne se contredisent pas : ils s’expliquent mutuellement. Le Jugement n’est pas une condamnation, c’est une révélation : Dieu nous montre la vérité de nos choix, non pour nous accuser, mais pour nous faire voir ce que notre vie est devenue. Celui qui a su se laisser toucher par la souffrance, la détresse ou la joie de ses frères, celui-là s’est déjà ouvert à la présence du Christ.
Mais celui qui est resté fermé, indifférent, se trouve devant Dieu comme étranger à l’amour même qui le fait vivre.
Dans l’accompagnement de ma catéchumène, j’ai vu combien ce texte peut bouleverser. Elle me disait : “Mais pourquoi Jésus est-il si sévère ?” Et peu à peu, elle a compris que le jugement de Dieu est un jugement d’amour. Dieu ne condamne pas l’homme : il l’invite à regarder en vérité si son cœur est prêt à la communion. Et le critère de cette communion, c’est toujours l’amour concret des frères.
Le Jugement dernier, c’est le visage du Royaume des Béatitudes quand il devient réalité.
2. La charité sans Dieu : un salut possible ?
Vient alors une question délicate : qu’en est-il de nos frères et sœurs qui vivent une charité sincère sans croire en Dieu ? Leur bonté, leur service, leur compassion sont bien réels; comment imaginer qu’ils soient exclus du Royaume ?
La réponse, comme toujours, ne tient pas à une formule toute faite, mais à un mystère. Car Dieu seul sonde les cœurs. Et la charité véritable, même lorsqu’elle ne prononce pas le nom de Dieu, demeure une trace de sa présence.
Cependant, la tradition chrétienne nous invite à distinguer la charité de la simple générosité.
La générosité, c’est donner — parfois avec joie, parfois pour se sentir utile.
La charité, elle, va plus loin : c’est donner et recevoir en Dieu.
C’est une participation à l’amour trinitaire, un mouvement qui part de Lui, passe par nous et retourne à Lui.
Sans cette transcendance, la charité peut se réduire à une autosatisfaction, une œuvre belle mais refermée sur l’humain. Avec Dieu, elle devient un lieu de transformation intérieure, une participation à la vie même du Christ Serviteur.
C’est pourquoi, même ceux qui ne connaissent pas Dieu explicitement, mais qui aiment en vérité, participent déjà à son œuvre de salut, souvent sans le savoir.
Car tout amour authentique vient de Dieu et y conduit. Comme nous le répétons chaque dimanche, pour la gloire de Dieu et le salut du monde.
3. La fin de notre vie et la fin des temps : l’espérance qui ne déçoit pas
La fête du Christ Roi est profondément eschatologique. Elle nous parle du terme, de l’achèvement; non pour nous effrayer, mais pour raviver notre espérance.
Elle nous rappelle que notre vie a une direction, que notre existence ne se perd pas dans le hasard, mais tend vers notre plein accomplissement : la rencontre face à face avec Celui qui est le commencement et la fin, l’Alpha et l’Oméga (Ap 22,13).
La Parole de ce jour nous invite à une relecture spirituelle de notre année : Comment ai-je laissé le Christ régner dans ma vie ? Comment ai-je aimé ? Comment ai-je cherché la justice et la paix ?
C’est comme un examen de conscience, non de culpabilité, mais de croissance.
Cette fête ne clôt pas seulement une année liturgique ; elle éduque notre espérance.
Elle nous apprend à attendre le retour du Christ, non dans la peur, mais dans la joie d’un amour qui grandit. Car si le Christ est Roi, ce n’est pas parce qu’il domine, mais parce qu’il sert.
Sa royauté est celle de la croix, une royauté qui s’abaisse pour relever.
Et c’est dans cet abaissement que réside toute sa gloire.
Nous voulons te rendre grâce Seigneur pour ce que tu nous as donné de découvrir de toi dans cette
Seigneur Jésus, Roi de l’Univers,
toi qui règnes non sur des trônes, mais dans les cœurs humbles, fais de nous des témoins de ton Royaume.
Apprends-nous à aimer en vérité, et à attendre ton retour dans la paix et la confiance.
Que cette fête de ta royauté renouvelle en nous le désir d’un monde transfiguré par l’amour.
Et que nos vies deviennent, dès aujourd’hui, le lieu où ton règne s’établit.
Car après tout,
Dieu est bon,
en tout temps.