On la récite beaucoup, mais connaissons-nous vraiment cette belle prière à Marie ? Essayons de mieux la comprendre ensemble…
« Je vous salue Marie, pleine de grâces
Le Seigneur est avec vous
Vous êtes bénie entre toutes les femmes
Et Jésus le fruit de vos entrailles est béni !
Sainte Marie, mère de Dieu,
Priez pour nous pauvres pécheurs
Maintenant et à l’heure de notre mort
Amen ! «

Les deux premières lignes du Je vous salue Marie sont les paroles de l’Ange Gabriel à Marie le jour de l’Annonciation (Luc 1, 26-38)
Je vous salue Marie
C’est une salutation adressée à une femme. Par l’intermédiaire de l’ange, Dieu salue une femme, Marie. Il la salue avec une grande vérité. Dans le grec de l’Evangile, c’est le mot « kaïré » qui est présent : il fait référence à de grandes oracles prophétiques. « Réjouis-toi, fille de Sion! » (Sophonie 3, 14 ; Zacharie 2, 14) mais il est aussi une manière très révérencieuse de saluer les grands personnages (Actes 15,23 ; 23,26). Comment l’Ange peut-il employer pour cette jeune fille inconnue cachée à Nazareth, dans la plus modeste des bourgades d’Israël, une salutation réservée aux grands de ce monde ? C’est cela qui bouleverse Marie : « à ces mots, elle fut toute bouleversée… »
La traduction française a plutôt utilisé le verbe « saluer », en latin « salutare » qui a donné le mot « salve » et « ave ». Ce dernier est l’exact contraire du nom latin de Ève (Eva). L’Ave de la grâce (le salut de la Grâce) inverse la malédiction (vae) du péché d’Ève (Eva). On peut donc dire que le « Je vous salue Marie » commence par la grande vérité, la Bonne Nouvelle du Salut : « sois dans la joie, je t’apporte le Salut ! »
Pleine de grâce
L’Ange Gabriel s’adresse à Marie en l’appelant : « kékaritôménè », qui signifie « comblée de grâce », « pleine de grâce », « créée par la grâce » (Lc1,28). Qu’est-ce que cela veut dire ? Que Marie est pleine de la présence de Dieu, et ceci bien avant qu’elle dise oui pour l’accueillir en son sein. Si elle est entièrement habitée par Dieu, il n’y a pas de place en elle pour le péché. Chacun de nous a des côtés sombres ; même les plus grands saints étaient pécheurs, mais Marie est la seule qui ne soit pas contaminée par le mal, qui soit créée immaculée pour accueillir pleinement, par son oui, Dieu qui venait dans le monde.
La « pleine-de-grâce » n’a pas vécu une vie exemplaire, sans difficultés mais une vie simple avec la Grâce. La Parole de Dieu était son secret : proche de son cœur, elle a ensuite pris chair en son sein. En restant avec Dieu, en dialoguant avec lui en toutes circonstances, Marie a embelli sa vie. Ce qui rend la vie belle, ce n’est pas l’apparence, c’est d’avoir le cœur tourné vers Dieu. Marie est celle qui peut nous aider à dire non au péché et à vivre une belle vie en disant oui à Dieu.
Le Seigneur est avec vous
Cette parole est une promesse de Dieu, non pas pour le futur mais pour le présent. En effet, l’ange ne dit pas « le Seigneur sera avec toi » mais bien « le Seigneur est avec toi. » C’est la définition même de Dieu : « je suis celui qui est » (Exode 3) ; Jésus est l’Emmanuel, le Dieu avec nous aujourd’hui et pour l’éternité.
Par cette promesse, Dieu invite Marie à lui faire confiance ; puisqu’Il est avec elle à chaque instant, que pourrait-elle craindre ? Rien n’est impossible à Dieu. Depuis son oui de l’annonciation, Marie a traversé bien des situations mais jamais elle n’a demandé : « pourquoi ? », toujours elle s’est appuyée sur ces paroles : « le Seigneur est avec moi… il est là et me soutient ». A chaque fois que nous prions « le Seigneur est avec vous », nous devrions ajouter intérieurement : « et avec moi ! » car en Marie, cette promesse est adressée à toute l’humanité et donc à chacun d’entre nous. Dieu nous aime et est avec nous, depuis le début de notre vie jusqu’à notre dernier souffle. Comme Marie, remettons à Dieu notre vie et faisons-lui davantage confiance !

La phrase suivante du Je vous salue Marie
rapporte les paroles d’Elisabeth à Marie lors de la visitation. (Luc 1, 39-56)
Vous êtes bénie entre toutes les femmes
Dans la joie de l’Annonciation et dans un souci de charité, Marie se rend chez sa cousine Elisabeth. Lorsque Marie la salue, Elisabeth sent qu’un évènement hors du commun est en train de se dérouler en elle (son enfant tressaille de joie), et elle s’écrie d’une voie forte : « Tu es bénie entre les femmes et le fruit de tes entrailles est béni. »
C’est l’Esprit Saint qui, en Elisabeth, fait la louange de Marie, femme choisie entre toutes pour donner le Sauveur du monde. Elisabeth exulte parce que Marie lui a porté le Sauveur âgé de quelques jours à peine et, saisie d’émotion, elle ajoutera : « comment ai-je ce bonheur que vienne jusqu’à moi la Mère de mon Seigneur ? »
Marie est bénie entre les femmes parce qu’elle est l’Immaculée Mère de Dieu mais ce qui fait sa grandeur aux yeux de Dieu, c’est d’avoir « écouté la Parole de Dieu et de l’avoir mise en pratique. » Elle annonce Jésus par tout ce qu’elle dit, par tout ce qu’elle fait. En lui disant « vous êtes bénie entre toutes les femmes », nous l’admirons pour sa foi qui nous invite à faire grandir la nôtre.
Et Jésus, le fruit de vos entrailles, est béni !
Nous voici au cœur de la prière du « Je vous salue Marie ». Marie nous a menés là où elle voulait : à Jésus. Il est le fruit de ses entrailles, c’est-à-dire le fruit de ce qu’elle a conçu et tant espéré dans la foi : le messie tant attendu par le peuple d’Israël. Jésus est le fruit de sa prière, le fruit de sa foi, le fruit de son oui à Dieu. Dieu l’avait promis : « le fruit des entrailles de quiconque accomplirait la Loi, serait béni » (Deutéronome 30,8-9). Or, Marie accomplit parfaitement la Loi du Seigneur. Elle conçoit dans la foi avant de concevoir dans la chair, le fruit béni de ses entrailles.
Jésus est aussi le fruit de notre prière mariale. Nous ne portons pas notre regard vers Marie, mais par elle, avec elle, nous regardons vers Jésus et nous le bénissons, nous le magnifions. En hébreu, le mot « entrailles » (rahanim) vient du même mot que miséricorde. Comme le Père prodigue qui attend sans limites son fils pour le couvrir de ses bénédictions, avec Marie, rappelons-nous que la prière porte véritablement du fruit, quand de tout notre cœur, de toute notre âme, sans nous lasser, nous tournons nos cœurs vers Jésus pour le laisser nous remplir de ses grâces.

La dernière partie du Je vous salue Marie
est la prière de toute l’Eglise qui s’adresse à l’Immaculée,
la pleine de grâce, la Mère de Dieu
pour qu’elle nous conduise toujours plus à Lui.
Sainte Marie, mère de Dieu
En disant Sainte Marie, nous nous adressons à Marie en toute simplicité, comme à l’une d’entre nous, une femme issue de notre humanité et en même temps, mère de Dieu.
Mère de Dieu est le titre le plus important de la Vierge, mais une question pourrait surgir : pourquoi disons-nous « Mère de Dieu » et non « Mère de Jésus » ? Certains, dans le passé, ont demandé à se limiter à cette dernière affirmation mais l’Eglise, avec le concile d’Ephèse en 431, a proclamé Marie Theotokos, la mère de Dieu. Il faut comprendre : Jésus est vrai Dieu et vrai homme. Dieu est proche de l’humanité comme un enfant et sa mère qui le porte en son sein. Le mot « mère » (mater) renvoie également au mot « matière ». Dans sa Mère, le Dieu du ciel, le Dieu infini s’est fait petit, s’est fait matière, pour être non seulement avec nous, mais aussi comme nous. Voilà le miracle, la nouveauté : l’Homme n’est plus jamais orphelin, il est fils pour toujours.
Sainte Marie, mère de Dieu nous situe au cœur du mystère de la communion des saints en nous rappelant que chacun est responsable du devenir éternel de tous, qu’il faut aller au bout de notre vocation car, si ordinaire qu’elle soit, elle est liée au Salut de beaucoup.
Priez pour nous, pauvres pécheurs
Priez… Toute la vie de Marie est prière. De l’Annonciation, à la visitation, à la Nativité, aux noces de Cana, au pied de la Croix de Jésus, et même au cénacle avec les apôtres. Marie nous apprend que la prière, plus qu’une action, est un état de disponibilité à Dieu et d’abandon à sa volonté. Pour nous, ce n’est pas toujours facile et bien souvent, nos manquements nous éloignent de Lui. C’est pourquoi nous nous reconnaissons pauvres pécheurs. Or, nous savons qu’à la miséricorde de Dieu, rien n’est impossible. Même les nœuds les plus emmêlés de nos cœurs se dénouent avec sa grâce.
Priez pour nous… Ayant, par son oui, ouvert la porte à Dieu, Marie est la mère qui avec patience et tendresse, nous conduit à Dieu afin qu’il dénoue les nœuds de notre âme par sa miséricorde. Comme à Cana, la prière de Marie est donc puissante intercession auprès de son Fils. Comme au cénacle, Marie soutient notre prière et nous ramène à Dieu.
On entend parfois de certaines personnes : « pourquoi les catholiques prient Marie? » Ce n’est pas nous qui prions Marie, c’est Marie qui prie pour nous. La prière du « je vous salue Marie » nous rappelle que quand nous prions, nous ne sommes jamais seuls. Il n’y a pas la prière d’un dans sa chambre, d’un autre dans sa cuisine, d’eux dans l’église… Il y a une seule prière, une seule foi, une seule louange que l’Eglise tout entière adresse au Dieu unique. Quand nous prions, nous prions avec les saints et les saintes, avec les anges du ciel, avec la Sainte Vierge. Tout cela fait une immense chaîne de prière qu’on appelle la communion des saints. La vierge Marie n’est qu’un maillon de cette chaîne, le sublime maillon de cette chaîne. C’est pourquoi la prière avec Marie est autant puissante car c’est l’Eglise tout entière (du ciel et de la terre) qui prie à travers nous.
Maintenant et à l’heure de notre mort
Ce sont les deux grands moments de la vie. Notre vie est une succession de « maintenant » au cours desquels nous construisons notre devenir éternel. Ce qu’il y avait juste avant « maintenant » ne nous concerne plus (nous ne pouvons plus rien changer à ce qui a été fait) ; ce qu’il y a juste après « maintenant » ne nous concerne pas encore (nous ne savons pas de quoi il sera fait ni même si nous le vivrons). Le seul moment qui nous appartient et sur lequel nous avons un impact décisif, est le « maintenant » de cet instant : l’enjeu, pour nous, est de le vivre en union à Dieu.
Marie n’est pas une femme qui déprime devant les incertitudes de la vie, en particulier quand rien ne semble aller comme il faut. C’est une femme qui écoute et qui se tient dans l’espérance : elle accueille l’existence telle qu’elle se présente, avec ses jours heureux, mais également avec ses tragédies, jusqu’à la nuit suprême où son Fils est cloué sur la croix.
Jésus nous a invité à la prendre chez nous, car qui mieux que Marie peut nous aider à vivre l’aujourd’hui de Dieu ? Marie est là, sa « main tenant » la nôtre, pour nous aider à avancer sur le chemin de vie, chemin d’Eternité.
Amen
Comme toute prière, le « je vous salue Marie » se conclue par Amen. Dans la bible et la liturgie, on dit « amen » pour proclamer que l’on tient pour vrai ce qui vient d’être dit, dans le but de confirmer une phrase, la faire sienne ou s’approprier une prière. Ainsi lorsque nous disons amen, nous reconnaissons le chef d’œuvre de Dieu accomplie en Marie !
Et que fait Marie quand Elisabeth reconnaît en elle l’accomplissement de la Parole de Dieu ? Elle proclame Magnificat, elle rend la gloire à Dieu. Marie ne garde rien pour elle, elle donne tout à Dieu. C’est ainsi qu’elle avance dans son pèlerinage de foi (Lumen Gentium, 58) en suivant Jésus, en l’écoutant, en se laissant guider par ses paroles, en montrant le chemin, en gardant sa lampe allumée même à l’heure de la croix et du tombeau, et qu’elle parvient enfin à la joie de la foi ! A la suite de la reine du ciel, nous découvrons qu’il est bon de dire oui à Dieu, de mettre nos pas dans les siens, de l’aimer plus que tout et de témoigner de lui partout.
Alors, avec Marie, redisons ensemble que Dieu est bon en tout temps,