Sur notre premier blog, à l’occasion de notre parcours de l’Avent, nous vous avions présenté les témoignages de 3 français (1 adolescente de 13 ans, 1 jeune de 18 ans et 1 jeune adulte de 28 ans) touchés, bouleversés par la grâce de Noël. En effet, en l’an 1886, il semblerait que le ciel s’est ouvert sur notre petite France car, presque en simultané, la petite Thérèse Martin à Lisieux, Charles de Foucauld dans la grotte de Bethléem ou Paul Claudel à Paris, vont faire l’expérience de la rencontre avec Dieu. Aujourd’hui, à quelques jours de ce Noël 2023, nous souhaitons vous faire découvrir ou redécouvrir leurs témoignages en cadeau et méditation : comment la grâce de Noël, celle vécue il y a 2000 ans, nous rejoint encore dans l’ordinaire de nos vies ?
2 conversions par la grâce de Noël en 1886
Noël 1886, un Noël de plus et un Noël ordinaire sauf que, ce jour-là, à Lisieux, une enfant, Thérèse Martin, 13 ans va vivre une rencontre décisive avec le Christ. C’est un peu forcée par son père et ses sœurs que Thérèse se rend à la messe de minuit cette année-là. Le cœur n’y est pas, elle s’attache davantage aux choses matérielles, aux cadeaux, à la fête, qu’à la dimension spirituelle de l’événement. Elle ouvre ses cadeaux nerveusement, et découvre soudain la grâce du Christ qui l’enveloppe. Elle écrira dans son carnet:
« En cette nuit où Il se fit faible et souffrant pour mon amour, Il me rendit forte et courageuse. (…) Je sentis, en un mot, la charité entrer dans mon cœur, le besoin de m’oublier pour faire plaisir, et depuis lors je fus heureuse. »
Histoire d’une âme, chapitre 5
« Depuis cette nuit bénie, je ne fus vaincue en aucun combat, mais au contraire je marchai de victoires en victoires et commençai, pour ainsi dire, une course de géant. »
Cette nuit là, alors que Thérèse est encore remplie en son âme de tout ce qui fait l’enfance, la joie, l’excitation, la hâte, les caprices, elle est libérée par le Christ de ce qui en persistant fait perdre de vue la beauté de l’espérance intrinsèque à l’humanité. Cette histoire de la Conversion de Sainte Thérèse en ce jour de grâce, au-delà de la conduire au Carmel ou à la connaissance humble et précieuse de DIEU, lui a donné la force et l’amour d’entrer dans la Sainteté de Dieu.
La grâce de Noël de Paul Claudel
Presque en simultané avec cette adolescente de 13 ans, Paul Claudel, alors âgé de 28 ans, participait à Notre Dame de Paris aux vêpres ce 25 décembre 1886 sans grande ferveur. Il va y vivre une expérience de foi inoubliable, comme il le raconte dans son ouvrage Œuvres en Pose (1913) :
« Debout près du deuxième pilier à droite du côté de la sacristie… en un instant mon cœur fut touché et je crus. Je crus, d’une telle force d’adhésion, d’un tel soulèvement de tout mon être, d’une conviction si puissante, d’une telle certitude ne laissant place à aucune espèce de doute que, depuis, tous les livres, tous les raisonnements, tous les hasards d’une vie agitée n’ont pu ébranler ma foi, ni la toucher».
Sans artifice, au travers de la prière du Magnificat chanté, Dieu s’est révélé au cœur de Paul Claudel. Cette conversion nous édifie et nous révèle la volonté de Dieu de rejoindre chacun d’entre nous dans ce que nous sommes, où nous sommes et vers où il a besoin de nous. Et c’est précisément le vrai sens de Noël. C’est à l’humanité tout entière dans ce qu’elle a de fragile, de petit, de commun, que Dieu vient révéler son Amour. Pourtant, aujourd’hui, dans notre société, on a comme perdu ce sens de Noël, ou du moins, on l’a réduit à la fête de la famille, des lumières, des cadeaux et du sapin. On a fait de Noël une fête universelle (tout le monde, croyant ou non, peut la fêter) en la dépouillant de son sens originel, alors qu’à Noël, c’est Dieu qui vient rejoindre tous les Hommes (l’universalité). Quel paradoxe ! Alors, oui peut-être qu’on peut fêter Noël sans Dieu, mais Dieu ne peut pas fêter Noël sans nous. C’est parce que Dieu a tant aimé le monde qu’il a voulu naître en ce monde. C’est parce qu’il a tant aimé l’Homme car il a voulu naître de la chair pour rejoindre notre humanité. S’il n’avait pas eu ce désir, cet amour fou de Dieu pour nous, pour notre humanité, il n’y aurait pas eu Noël. Dire cela ne doit pas nous enorgueillir mais nous remplir de joie : nous sommes profondément aimés depuis toujours et pour l’éternité.
C’est pourquoi, chaque année, nous célébrons Noël : pour nous rappeler l’amour infini du Père qui engendre le Fils et l’incarne dans notre humanité sous l’action de l’Esprit Saint ! Ce n’est pas un mystère dépassé ou réservé à un certain nombre de personnes. L’étable qui accueille le miracle de Noël devient la maison de toute l’humanité. L’Eglise qui célèbre le mystère de Noël est la maison de toute l’humanité. Toute maison qui célèbre Noël devient pour ainsi dire maison de l’humanité et l’humanité c’est Dieu.
A la suite de la petite Thérèse Martin et de Paul Claudel qui ont rencontré Dieu le même jour de la même année, préparons-nous, nous aussi, à accueillir la grâce de Noël. Ce 25 décembre 2023 ne sera pas un jour comme les autres. Ce sera vraiment un jour béni, un jour de joie que fit pour nous le Seigneur, pour venir à sa rencontre et pour recevoir de Lui la vie, la joie, la paix, la consolation dont nous avons besoin !
Les fruits de la grâce de Noël, le témoignage de Charles de Foucauld
Octobre 1886 : un jeune homme orphelin de 28 ans, ayant grandi dans une famille chrétienne, scolarisé à l’école catholique puis à Saint-Cyr, qui s’est éloigné pendant plus d’une dizaine d’années de la religion catholique, va vivre une expérience de conversion absolue au confessionnal de Saint Augustin. « Aussitôt que je crus qu’il y avait un Dieu, je compris que je ne pouvais faire autrement que de ne vivre que pour Lui. » (lettre du 14 août 1901).
Et l’on pourrait supposer que ce premier Noël de converti eut une saveur particulière et ait ouvert au fond du cœur de Charles de Foucauld un désir accru de vivre de charité. Cette assurance vient du fait que pour le Noël 1888, soit deux ans après sa conversion, il ait voulu le vivre directement dans cette petite ville de Juda, dans la grotte de Bethléem puis à Nazareth où a grandi le Christ. Il a eu le désir et l’audace d’être touché en premier par l’humilité de la crèche, comme il l’exprime dans une de ses lettres en reprenant la parole du Christ : « chaque fois vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait.» (Mt 25,40)
La vie de Charles de Foucauld en ermite dans l’Algérie désertique, avec les Touaregs et la prière, au-delà de la profondeur d’une vie monastique, au-delà même d’une conversion saisissante et voulue par Dieu même, est un hymne à la Charité, un hymne à Noël. Car qu’est-ce que Noël si ce n’est avant tout un acte d’Amour ? Dieu a tant aimé le Monde qu’il a envoyé son Fils Unique. Voilà la vérité qu’a découverte Charles de Foucauld alors qu’il était en pleine recherche de Dieu et de lui-même : plus je découvre que je suis aimé de Dieu, plus je découvre l’amour et plus je suis appelé à faire l’amour en ce monde. C’est cette vérité de l’Amour qui a pétri la vie de Charles de Foucauld en apôtre de la Charité.