2 films sur le pardon

Il existe des histoires tellement inspirantes qui témoignent de la puissance du pardon. Souvent, ces belles histoires sont le fruit de parcours de vie dramatiques, là où on pensait que le pardon n’avait pas sa place. Et pourtant, avec le recul, on se rend compte qu’il y a toujours un moyen, un chemin, une personne, un évènement qui conduit au pardon ! C’est bien la preuve que c’est un besoin vital (oui, il est question de vie ou de mort dans l’acte de pardonner) pour l’Homme. Nous sommes faits pour être libre, pour être en paix. Nous avons besoin de pardonner pour nous relever, pour guérir, pour vivre. 

Quand j’écris cela, je pense à deux histoires en particulier, et dont le cinéma s’est inspiré récemment. Il s’agit d’une part, de l’histoire de Bart Milliard, abandonné par sa mère à l’âge de 10 ans et subissant la violence d’un père alcoolique ; et d’autre part, l’histoire de Daphrose et Cyprien Rugamba, couple fondateur de la communauté de l’Emmanuel au Rwanda, assassinés chez eux avec six de leurs dix enfants au premier jour du génocide rwandais. Ces deux films sont sensiblement poignants et spirituellement inspirants pour nous.

La voix du pardon nous plonge dans le quotidien d’un petit garçon de 10 ans, Bart Milliard. Sa mère, désarçonné par son mari alcoolique et violent, décide de quitter la maison un jour, laissant son fils à la garde de son père. La relation père-fils est douloureuse, emprise de violence et de haine. C’est sa passion pour la musique et son rêve d’être artiste qui va l’emmener loin du domicile familial (un soulagement pour lui), mais surtout sur le chemin du pardon (plus difficile à faire). Quelques années plus tard, Bart est de retour chez lui, auprès de son père souffrant mais transformé et désirant se racheter. Pour Bart, cette radicale conversion ne peut être le fruit que de Dieu ; c’est lui seul qui a pu transformer le cœur de pierre de son père en cœur aimant. Cela me rappelle un verset biblique : « là où le péché a abondé, la grâce a surabondé » (Romains 5, 20). La grâce du pardon est toujours plus forte que le péché : pour le pécheur qui se convertit, elle se donne en plénitude. Elle redonne vie. Alors, le père et le fils essayent de renouer les liens avant que la maladie ne rattrape son père. Bart écrit alors une chanson en hommage à son père et pour témoigner de ce que le Seigneur a réalisé dans sa vie : « mon père était un monstre et j’ai vu le Seigneur le transformer ». 

Ce film m’a bouleversé et m’a rappelé, aussi paradoxal que cela puisse être, aussi bien notre fragilité que notre force face au péché. Il peut être souvent difficile de pardonner, et c’est là notre fragilité : nos fautes, nos blessures sont tellement profondes, tellement lourdes, tellement grandes qu’elles prennent le contrôle sur notre cœur, sur notre vie et c’est alors que naissent les sentiments de rancune, de haine, de vengeance. Quand le péché domine ta vie, alors tu n’es plus libre, mais sans cesse attaché à vouloir rendre le mal pour le mal. Heureusement, ce film nous témoigne qu’il existe une autre possibilité, un chemin nouveau. Plus difficile à suivre car exigeant mais ô combien bienfaisant pour l’âme, pour le cœur et pour le corps.  Le pardon est une force qui nous est donnée d’en haut, pour nous libérer des affres du péché. En Dieu, on trouve la force de regarder nos misères, de les prendre à bras le corps, et de renouer le fil de notre histoire. Et plus on pardonne, plus on se rapproche de Dieu. J’aime bien cette image de la corde : « la vie avec Dieu est comme une corde tendue entre Dieu et moi ; à chaque péché, je coupe cette corde et le pardon de Dieu vient faire un nœud entre les deux bouts, séparés, de cette corde et ainsi, me voilà finalement plus proche de Dieu qu’auparavant. » Et on renoue ainsi avec l’amour, la compréhension, la confiance.

J’entrerai au ciel en dansant  est un film documentaire (disponible sur Youtube) retraçant le parcours de vie de Cyprien et Daphrose RUGAMBA au Rwanda. La vie de ce couple était loin d’un parfait fleuve tranquille. Cyprien était un artiste célèbre et un brillant intellectuel qui embrassa une belle carrière dans l’administration. Daphrose, elle, a beaucoup souffert et a dû traverser toutes sortes d’épreuves : la perte d’un enfant, l’infidélité de son mari et la répudiation par celui-ci. Mais elle vécut tout cela enracinée dans la prière et l’espérance. Sans cesse, elle prie pour la conversion de son mari et quelques années plus tard, elle sera exaucée. La conversion de Cyprien est radicale et il désire rattraper le temps perdu.  Daphrose et Cyprien rayonnent de foi et de charité auprès des enfants des rues et des couples en péril. Ils sont tués au premier jour du génocide avec six de leurs dix enfants, après une nuit de prière, alors même qu’ils savaient leurs vies en danger mais ils n’avaient jamais voulu quitter leur maison. 

J’ai été frappée dans ce film par l’espérance qui habite Daphrose et imprègne sa vie, sa prière. Elle me fait penser à la Vierge Marie qui s’accorde au projet de Dieu, et qui médite en son cœur chaque évènement, même si elle ne comprend pas tout, même si certains paraissent à nos pauvres yeux humains insupportables. Marie et Daphrose nous rappellent l’importance de la prière pour recevoir la grâce du pardon. Car le pardon est intimement lié à la prière : « cherchez et vous trouverez, demandez et vous recevrez » (Matthieu 7, 7). Quand nous prions, le ciel s’ouvre et alors la paix de Dieu descend comme une brèche, par l’Esprit Saint, dans nos cœurs. Voilà pourquoi nous devons sans cesse prier pour la paix, garder l’espérance au cœur des épreuves. Même si elle tarde à venir sur terre, la paix est déjà réalité au ciel et dans nos cœurs chaque fois que nous prions. 

Alors de ces deux films, je retiens que le pardon est une force et une espérance. Le pardon est toujours possible pour celui qui élargit son regard du passé au présent et à l’avenir. Il ne s’agit plus de ruminer nos blessures, nos épreuves, nos fautes, il s’agit de les porter à la miséricorde de Dieu pour recevoir de lui sa paix, et à notre tour être des instruments de paix dans notre monde.

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